TEXTE
La Fée Tide est sur scène, debout près de sa chaise, côté jardin et de la table, chapeau pointu sur la tête, baguette à la main… Elle regarde sa montre, marche un peu, soupire… s’arrête, commence à se gratter la tête avec sa baguette… puis son dos… et juste au moment où elle commence à se gratter le bas du dos, apparaît la Fée Tarde… des paillettes et des confettis un peu partout, chapeau pointu de travers sur la tête, sac en bandoulière et langue de belle-mère à la bouche… Elle rentre en scène, en titubant légèrement… La Fée Tide reprend une pose plus digne…
FÉE TIDE : (Montrant sa montre avec sa baguette, à la Fée Tarde.) Dites donc, 26 heures 75… Vous n’êtes pas en avance.
La Fée Tarde tanguant un peu, souffle dans sa langue de belle-mère…
FÉE TARDE : (En riant.) Normal ! Je suis la Fée Tarde… Désolée ! J’ai eu un accident de citrouille… enfin de carrosse… d’où mon petit retard… Et vous, vous êtes ?…
FÉE TIDE : (Serrant la main tendue par la Fée Tarde.) Un peu énervée… Je suis la Fée Tide… Ça se voit pas ?…
FÉE TARDE : (Se pinçant le nez.) Non, mais ça se sent… C’est quoi votre parfum ?
FÉE TIDE : (Enthousiaste.) De l’huile de foie de dragon faisandé mélangé à du musc de Troll pubère… avec une toute petite pincée de sueur de licorne vierge… (Fière.) Et je le fais moi-même… Vous n’aimez pas ?
FÉE TARDE : (Chassant des mouches.) Moi non, mais les mouches, beaucoup.
FÉE TIDE : (Vexée, sur un ton sec.) Bon, asseyez-vous.
Toutes deux s’assoient… La Fée Tarde range sa langue de belle-mère dans son sac…
Vous avez votre convocation et votre CV ?
FÉE TARDE : Oui ! Bien sûr.
Elle fouille dans son sac, ne trouve rien… puis dans les poches de son pantalon et sort deux feuilles pliées ensemble quatre fois… Elle les déplie pendant que la Fée Tide tape nerveusement des doigts sur la table… prend son temps pour les défroisser avant de les remettre à la Fée Tide qui les prend sèchement…
FÉE TIDE : (Étonnée.) Et votre baguette magique ?… Vous n’avez pas votre baguette magique ?
Elle cherche autour d’elle, fouille encore son sac… sans succès…
FÉE TARDE : Bah non ! J’ai dû l’oublier à la fête de Gandalf, cette nuit.
FÉE TIDE : (À la manière et avec la gestuelle de Nabila.) Allô ?! Non mais allô, quoi ?! T’es une fée et t’as pas ta baguette magique… Allô ?! Allô ?! J’sais pas !… Vous me recevez ?… T’es une fée, t’as pas ta baguette magique… C’est comme si je te dis : « t’es un nain et t’as pas de pioche ?! ».
FÉE TARDE : (En faisant un geste d’apaisement.) Cooool ! Mais si, je l’ai… Bien sûr.
Elle remonte sa jambe et sort de son pantalon, sa baguette magique…
FÉE TIDE : Mais pourquoi la mettez-vous, là ?
FÉE TARDE : Pour me discipliner… Ces derniers temps, j’essaie de marcher à la baguette.
La Fée Tarde se relève de sa chaise puis se penche vers la Fée Tide, en montrant du doigt, un mot sur sa convocation…
Au fait, ça veut dire quoi, le sigle « BREF » ?
FÉE TIDE : Depuis le temps, Vous devriez le savoir, mon petit !… (Articulant.) « Bureau de Recrutement et d’Emploi des Fées ».
FÉE TIDE : (Se tapant le front avec sa main.) Ah oui, c’est vrai.
La Fée Tarde se rassoit… La Fée Tide lit son CV…
FÉE TIDE : Je vois que vous avez fait partie de plusieurs compagnies de fées… 2010, Les Fées Ralgan… Pourquoi les avez-vous quittées ?
FÉE TARDE : Elles étaient un peu prise de tête.
FÉE TIDE : En 2011, les Fées Papillons… Elles étaient prise de tête, aussi ?
FÉE TARDE : Non. Elles, elles étaient un peu trop zélées pour moi.
FÉE TIDE : Et les Fées Bœuf…
FÉE TARDE : Alors, elles… Elles étaient vaches.
FÉE TIDE : Apparemment, vous ne supportez pas la discipline, vous.
FÉE TARDE : Oui, c’est vrai… C’est pourquoi, maintenant, je bosse en « féelance ».
FÉE TIDE : (Très intriguée.) Tiens ! En 2012, vous avez travaillé pour la banque UBS, à Genève… Quelle idée ?
FÉE TARDE : Oui. Les contes en Suisse sont mieux rémunérés que ceux de Perrault et de Grimm… Faut que j’en mette de côté pour ma retraite.
FÉE TIDE : (Approuvant de la tête.) Ah ça, vous avez bien raison… Ma Mère a 800 ans et elle est toujours obligée de travailler.
FÉE TARDE : C’est qui, votre mère ?
FÉE TIDE : La Fée Cara !
FÉE TARDE : Ah bon ?! La Fée Cara bosse encore ?
FÉE TIDE : Bien obligée. Malgré ses 2400 trimestres cotisés, elle n’a qu’une toute petite retraite… On comprend pourquoi elle est en colère et légèrement aigrie… (Résignée.) Ah, il ne fait pas bon vieillir au Royaume des Fées… (Soupirant.) Enfin !
Lisant son CV…
(Enthousiaste.) Blanche Neige… La marâtre… Vous avez participé à leur conte ?
FÉE TARDE : Oui, et j’ai adoré… Leur conte est bon… On est restées très amies.
FÉE TIDE : Ah bon ?! Et que deviennent-elles ?
FÉE TARDE : La Marâtre est en pleine réflexion… Enfin, plutôt son miroir… Et Blanche Neige est enceinte… Elle tombe tout le temps dans les pommes.
FÉE TIDE : (Heureuse, joignant ses mains.) Enfin, enceinte du prince.
FÉE TARDE : (Faisant le bruit d’un buzz.) Buuuump ! Raté… Non, des nains.
FÉE TIDE : (Très étonnée.) Des nains ?!
FÉE TARDE : Oui. Et en plus, ils étaient tous mineurs.
FÉE TIDE : Ah, la salope ?!… Détournement de mineurs.
[...]
Extrait du sketch : « BREF » de Jean-Louis Bouzou...

Commentaires
Enregistrer un commentaire